Co-construire, ça veut dire quoi ?

On entend parler de co-construction un peu partout ces temps-ci. Normal, c’est dans l’ère du temps. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Pour y voir un peu plus clair, j’ai interrogé Anne Chanon, auteur avec Jérôme Auriac de L’entreprise à l’ère de la défiance, de l’intérêt du dialogue sociétal, publié aux Ed. de l’Harmattan en septembre 2012. Pour elle, « Les processus de co-création dans lesquels sont engagées certaines entreprises renvoient à une transformation du lien entre innovation, valeur économique et enjeux sociétaux collectifs. Traditionnellement, et pour résumer cela en quelques mots, les deux premiers étaient du ressort de l’entreprise, quand le dernier relevait du politique, des associations ou des individus (usagers, citoyens, riverains, consommateurs, malades…).

Aujourd’hui, les positions se brouillent, s’échangent, s’interpénètrent : l’innovation peut venir d’individus ou de groupes d’individus (par exemple, les hackers ayant inventé, au moment du lancement du Vélib’ à Paris, une appli pour trouver facilement des places disponibles). Quant aux enjeux collectifs, ils se retrouvent de facto, de plus en plus, placés dans le champ des entreprises, que ce soit du fait des impacts de leurs activités ou, inversement, du fait de l’impact de ces enjeux sur leurs activités. »

Un mouvement inéluctable

Assistons-nous à une tendance lourde aujourd’hui ? Oui, « il s’agit là d’une tendance lourde, ancrée dans les transformations sociologiques contemporaines et accélérée par les possibilités ouvertes par les technologies de l’information.  Il deviendra à l’avenir plus difficile pour les entreprises d’y échapper ».

Les exemples les plus développés s’observent essentiellement dans le secteur de l’entrepreneuriat social. Mais parfois l’impulsion de la co-création ne vient pas de l’entreprise, elle s’impose à elle du fait de réalités de terrain ou parce que des acteurs sociétaux la lui proposent. « Ce cas de figure est moins connu, mais je le trouve au moins aussi intéressant » affirme Anne Chanon, « c’est le cas quand, par exemple, pour espérer pouvoir emporter un marché de collecte et recyclage dans une grande ville d’Amérique latine, une entreprise du secteur des déchets doit trouver une façon d’articuler son offre avec celle des acteurs informels opérant déjà sur les décharges. Elle ne peut faire autrement que tenir compte de leurs expertises du terrain, travailler avec eux, les former à des méthodes de travail sécurisées, etc. A défaut, l’entreprise en question se trouverait en porte-à-faux à la fois en termes de prix et de pertinence du service proposé. »

Ce cas de figure témoigne du caractère inéluctable du mouvement. Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises y seront confrontées. Donc autant s’y préparer !

Un périmètre flexible

Un processus co-créatif peut aller plus ou moins loin, de l’élaboration commune de solutions à leur mise en œuvre conjointe, en passant par une décision partagée. « Pour bien fonctionner, elle suppose que l’entreprise soit prête à considérer qu’elle a des angles morts, des sujets qu’elle ne connait pas bien, qu’il y a d’autres expertises sur ses sujets que celle de ses ingénieurs et qu’elle accepte les éventuelles remises en cause de ses façons de faire ou de voir. Ce « lâcher-prise », dont on imagine volontiers qu’il peut être insécurisant pour les entreprises, doit s’envisager dans une perspective stratégique, comme une façon  pour elles de rester mobiles, adaptées, ajustées, pleinement en prise sur les sociétés dans lesquelles elles opèrent. » 

2 réflexions au sujet de « Co-construire, ça veut dire quoi ? »

  1. Ping : Co-construire, ça veut dire quoi ? | Le Co-Lab « pictocommunication

  2. Ping : Un marché de Noël exclusif : Quand les entrepreneurs soutiennent les « entrepreneures » | Tour d'Île-de-France Intergénérationnel Numérique

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