L’ouverture des données publiques est un sujet brûlant d’actualité, et je vous signale ce matin cet article d’Erwan Gaucher paru sur Owni. Si l’auteur essaie surtout de situer le sujet sur l’échiquier politique, il détaille plusieurs dimensions d’intérêt pour les notions de partage, de collaboration et de transparence.

llustration CC FlickR opensourceway
Parmi les éléments abordés: le besoin de ré-invention…
Pour comprendre la dimension politique de l’Open Data, il faut aller de l’autre côté de l’Atlantique. L’ouvrage collectif “Open Governement: collaboration, transparency and participation in practice” regroupe les contributions des penseurs de ce mouvement, issu de la sphère Internet et technologies. Ils ont profondément inspiré la campagne présidentielle d’Obama.
Une contribution majeure « Government as a platform » est rédigée par Tim O’Reilly, l’éditeur-auteur-penseur américain à qui l’on doit le terme de Web 2.0.
Pour résumer son propos : l’Open Government – dont l’Open Data est l’un des piliers – ce n’est pas utiliser les techniques du Web 2.0 (participation, réseaux sociaux, …) pour gérer les affaires publiques, c’est avant tout une démarche de ré-invention et de retour aux sources. Il propose une analogie avec le web des années post-bulle Internet, où le secteur paraît dévasté et incapable de se relever. A l’époque, la Silicon Valley opère un retour aux fondamentaux de l’Internet, à son « ADN primitif » c’est à dire un réseau d’égal à égal, avec une certaine symétrie entre « producteur » du contenu et « consommateur » (d’où aussi l’expression de Read/Write Web).
… l’usage des principe de l’Open Source dans les logiques d’action publique
Or, poursuit O’Reilly, l’Etat trouve sa légitimité dans le fait qu’il y a des problèmes qui sont mieux traités au niveau collectif plutôt qu’individuel. Il cite d’ailleurs l’un des pères fondateurs de la nation américaine qui voulait faire de chaque citoyen américain un participant à l’action politique « tous les jours et pas uniquement le jour de l’élection ».
L’Open Government a pour programme d’appliquer aux affaires publiques les principes au coeur du mouvement Open Source (ouverture, collaboration de pair-à-pair vs. hiérarchie, …). Le mouvement Open Government a profondément influencé la campagne d’Obama que l’on présente d’ailleurs parfois comme le premier « We President ».
Cette approche a le méritede reprendre la notion de démocratie participative, de capacité du citoyen à participer à la décision publique, de notion de bien commun, de décentralisation (propres à la gauche) et la volonté de ne pas laisser à l’Etat (sous toutes ses formes) le monopole des questions et des »réponses » publiques (propre à la droite).
Apparaît aussi en filigrane la question de l’efficacité de l’action publique et une interrogation sur la transparence du secteur privé :
L’Open Government donne des outils – au premier rang l’open data – pour mesurer l’efficacité de l’action publique. On connait l’exemple du site See, Click, Fix qui permet de signaler un problème de voirie par exemple. Comme le soulignent les auteurs de la contribution « The Dark Side of Open Government » dans l’ouvrage précité, cette transparence et cette exigence de rendre des comptes (accountability) surexposent mécaniquement les défaillances et les limites de l’action publique, plutôt que les réussites ou le travail réalisé. Autre point-clé, l’open data concerne aujourd’hui essentiellement les données issues du secteur public. C’est donc sur le secteur public que la pression de la transparence est mise. Et quid de l’influence du secteur privé sur nos vies quotidiennes ? Les entreprises ne détiennent-elles pas des données dont le partage serait profitable à tous ? Les opérateurs de télécommunications par exemple, disposent de données anonymes précises sur la fréquentation des quartiers de la ville, sur le trafic sur les grands axes routiers, … Autant d’éléments pour mieux comprendre et améliorer la ville. On pourrait se poser les mêmes questions concernant les fournisseurs d’énergie, les entreprises de collecte des déchets, …
Sans oublier la place du citoyen dans ce type de processus décisionnel :
L’Open Data est peut-être un objet politique non identifié au milieu des traditionnels clivages droite/gauche. Cela pose en fait la question du troisième acteur qui n’est ni l’État, ni le marché : le citoyen.
Le citoyen est-il jugé assez « compétent » pour prendre part à la décision et, in fine, à l’action publique ? L’Open Data pourra-t-il contribuer à l’émergence d’un nouveau rapport au politique ? En a-t-il l’ambition et les moyens ?