De justesse: la revue de web de la bonne année 2013 !

Ne pas écrire pendant plus de deux mois sur ce blog alors que nous avons une actualité plus que chaude, vous avez le droit de nous en vouloir :) Mais on se rattrape dans les règles de l’art, remarquez: une heure avant la fin janvier, juste à temps pour vous souhaiter une belle année 2013.

D’après Havas Worldwide d’ailleurs, cette année sera « l’année du «Co» », pour une fois que-c’est-pas-nous-qu’on-le-dit :) « La vie est une coproduction et la collaboration est le concept le plus tendance au travail et chez soi. « toi+moi» constitue une sorte d’armure et de protection contre la dureté du monde« , résume l’agence. Nous n’allons pas les contredire !

Ni les médias d’ailleurs, qui inaugurent l’année avec une tonne d’articles sur le sujet: consommation collaborative, économie open source, co-création… Si bien que la CoRévolution a été citée dans Libération le jour de Noël (Libé des solutions), Le Monde Economie du 22 janvier, dans Les Echos, sur France Info, France Bleu, sur We Demain… et dans de nombreuses mentions sur le web aussi, merci donc à tous ceux qui nous aident à promouvoir le message.

Le sujet est en vogue, beaucoup s’en emparent et nous mesurons la progression des rangs de corévolutionnaires au nombre de rencontres, échanges intellectuels et débats auxquels nous participons ! En janvier nous sommes intervenus à l’Institut des Futurs Souhaitables, en février Anne-Sophie sera à Nantes pour une rencontre sur l’économie réinventée, puis Stéphane sera au salon Primevère le 10 mars, et nous aurons d’autres rencontres encore en avril, juin, juillet… mais on en garde de réserve pour entretenir le suspens !

En attendant, vous pouvez suivre notre veille ici ou . Et pour les quelques infos qu’on vous recommande en particulier il y a :

  • Fleur Pellerin, la ministre « hype » de l’Economie numérique qui veut « faire sauter » les verrous pour faciliter le crowdfunding en France.
  • Cette information qui nous vient du Canada et selon laquelle nous aurions atteint le « peak car »: les américains conduisent de moins en moins. Après le peak oil et le « peak stuff » dont nous parlons dans le livre, voilà qui est de bon augure pour l’économie collaborative !
  • Pour comprendre la notion d’innovation sociale, cet article de Nicolas Cordier est fort intéressant et prolongera sans problème les questions que nous soulevons dans le chapitre 2.
  • Le Top 100 des ONG publié sur le Global Journal, qui a de quoi bouleverser la hiérarchie à la française !
  • Un excellent résumé de la polémique actuelle autour de la consommation collaborative dans ce papier d’Hubert Guillaud sur Internet Actu;
  • Et cet article dans lequel on explique que la valeur se créé maintenant… par le service ! Pensez-y à l’avenir.

Enfin, tenez vous aux aguets : pour le printemps la corévolution donnera naissance à un nouvel ouvrage publié en partenariat avec OuiShare. Mais chut, on n’en dit pas plus:)

A très bientôt et encore tous nos meilleurs voeux de partage, de convivialité et de bonheur partagé avec vos proches ! Et n’oubliez pas, c’est une révolution du Coeur, aussi ;)

Le top ten des trucs inutilisés par les français

Timbres Saavem sxcLes chiffres sont peu nombreux en matière de consommation collaborative. Surtout en France, alors que le secteur est en plein boom et que l’on manque de recul. Mais l’étude « Les objets non utilisés » réalisée par TNS Sofres pour Ebay  explique que chaque ménage français possède en moyenne 41 objets non utilisés pour une valeur estimée par leur propriétaire à 1 230 euros – « une valeur revue à la hausse par la plateforme d’enchères eBay.fr qui évalue leur revente à 1 960 euros » précise le communiqué.

La vente par internet est devenue le vide-grenier du XXIe siècle, et ce sont les mecs qui accumulent le plus de choses : 55 objets inutilisés en moyenne chez les hommes, soit 18 de plus que les femmes (pas étonnant, on fait plus de ménage non ? ;)

Intéressant aussi, le palmarès des objets dont les Français ne font plus usage:

  1. Collections de timbres
  2. Bandes dessinées
  3. Collections de monnaies
  4. Collections de cartes postales
  5. Bagues, bracelets et colliers
  6. Sacs à main
  7. Poupées Barbie
  8. Manteaux et vestes pour femme
  9. Chaises
  10. Manteaux et vestes pour homme

« Les téléphones portables et la vaisselle en porcelaine ratent de peu ce podium » précise l’article du Monde.fr où j’ai trouvé l’info. Bon à savoir, non ? ;)

A lire: 5 articles illustrant des exemples de collaboration

Les exemples de projets participatifs et de co-construction sont nombreux ces temps ci. Je vous propose donc une petite revue de web, en 5 liens, vers des articles illustrant une fois encore la tendance actuelle. Autant d’exemples qui montent qu’il ne s’agit pas là d’un rêve de hippie! Et une étude sur les abeilles, qui nous incitent à copier leur mode de fonctionnement… Bonne lecture !

Le succès de la filière éolienne repose sur un élément crucial : une relation saine entre l’industrie et les communautés. Sans l’acceptation sociale, les projets d’exploitation semblent voués à l’échec. Mais certaines communautés ont adopté un projet et elles l’ont construit à leur image et selon leurs valeurs. Il se transforme alors en succès populaire.

Ce mercredi (27 octobre), le site internet français glifpix a été mis en ligne. Il met en relation des lecteurs ou des médias, d’un côté, et des journalistes, de l’autre, pour financer des reportages ou des enquêtes. Glifpix s’inspire largement, dans sa forme et son esprit, de l’américain spot.us qui a connu un certain succès depuis son lancement en 2008. Il s’inscrit dans la tendance du « crowdfunding », du financement collectif, déjà bien connu dans le monde de la musique (MyMajorCompany ou Buzzmyband) ou du cinéma (Touscoprod ou PeopleforCinema).

La médecine 2.0 est une idée qui date de quelques années mais elle ne prend sa réelle signification qu’avec l’apparition des usages des réseaux sociaux et des plateformes communautaires. Certaines catégories de professionnels de santé sont parties prenantes de ce mouvement mais c’est surtout la masse des patients qui lui donne sa réelle puissance.

Prêter, louer, donner, échanger des objets en utilisant les technologies et les communautés, c’est une tendance qui monte (Internet Actu). Même le très libéral The Economist consacre un article sur ce business du partage.

Échanger des bons plans, partager des voitures (covoiturage et bientôt Autolib, à Paris), la location d’une chambre (couchsurfing), l’échange ou la location d’objets (Zilok), de produits culturels ou de légumes, se grouper pour acheter moins cher… Les sites et entreprises se multiplient sur ce modèle de consommation collaborative.

We should take seriously works that would have us learn from bees. These have an impressive lineage. For example, Sherlock Holmes retired to live the life of an apiarist in the Sussex Downs, where he wrote his great work, The Practical Handbook of Bee Culture, before being summoned back to London, in His Last Bow, to help capture the German spy Von Bork. Might he not have become intellectually rusty and out of practice in the countryside? wonders his friend, Dr Watson. Not so, Holmes insists. The hive gives « as much incident as can be found on the streets of London » and had provided many « pensive nights and laborious days ».

Eloge de la métamorphose

Aujourd’hui, j’ai envie de croiser deux articles. Le premier a été publié dans le Guardian il y a quelques jours déjà, par George Monbiot, le célèbre chroniqueur anglais, au sujet de Copenhague. Il y déplore la façon dont nous nous sommes laissés ronger par la logique consumériste et l’individualisme. Voilà un extrait des 4 derniers paragraphes :

George Orwell and Aldous Huxley proposed different totalitarianisms: one sustained by fear, the other in part by greed. Huxley’s nightmare has come closer to realisation. In the nurseries of the Brave New World, « the voices were adapting future demand to future industrial supply. ‘I do love flying,’ they whispered, ‘I do love flying, I do love having new clothes … old clothes are beastly … We always throw away old clothes. Ending is better than mending, ending is better than mending’ ». Underconsumption was considered « positively a crime against society ». But there was no need to punish it. At first the authorities machine-gunned the Simple Lifers who tried to opt out, but that didn’t work. Instead they used « the slower but infinitely surer methods » of conditioning: immersing people in advertising slogans from childhood. A totalitarianism driven by greed eventually becomes self-enforced.

Let me give you an example of how far this self-enforcement has progressed. In a recent comment thread, a poster expressed an idea that I have now heard a few times. « We need to get off this tiny little world and out into the wider universe … if it takes the resources of the planet to get us out there, so be it. However we use them, however we utilise the energy of the sun and the mineral wealth of this world and the others of our planetary system, either we do use them to expand and explore other worlds, and become something greater than a mud-grubbing semi-sentient animal, or we die as a species. »

This is the consumer society taken to its logical extreme: the Earth itself becomes disposable. This idea appears to be more acceptable in some circles than any restraint on pointless spending. That we might hop, like the aliens in the film Independence Day, from one planet to another, consuming their resources then moving on, is considered by these people a more realistic and desirable prospect than changing the way in which we measure wealth.

So how do we break this system? How do we pursue happiness and wellbeing rather than growth? I came back from the Copenhagen climate talks depressed for several reasons, but above all because, listening to the discussions at the citizens’ summit, it struck me that we no longer have movements; we have thousands of people each clamouring to have their own visions adopted. We might come together for occasional rallies and marches, but as soon as we start discussing alternatives, solidarity is shattered by possessive individualism. Consumerism has changed all of us. Our challenge is now to fight a system we have internalised.

++ l’article est à lire intégralement ici

A mes yeux, cette lecture est à croiser avec l’article d’Edgard Morin paru dans Le Monde d’aujourd’hui et intitulé « Eloge de la métamorphose » (à lire ici)

Pour éviter la désintégration du  » système Terre « , il faut d’urgence changer nos modes de pensée et de vie. Tout est à transformer pour trouver de nouvelles raisons d’espérer.

Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s’organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s’aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l’arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation.

L’amplification et l’accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d’un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système.(…)

L’idée de métamorphose, plus riche que l’idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l’héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s’il semble possible d’en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l’Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l’aide des royautés, les désintégrer.

La science moderne s’est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s’introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l’un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd’hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer.

Tout en fait a recommencé, mais sans qu’on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.

Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n’en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s’agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l’encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d’alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.

L’orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s’il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s’il faut que se constitue une conscience de  » Terre-patrie « , il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l’alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.

L’orientation  » croissance/décroissan-ce  » signifie qu’il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l’économie plurielle dont l’économie sociale et solidaire, les aménagements d’humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d’objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).

L’orientation développement/envelop-pement signifie que l’objectif n’est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l’efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d’autrui, de l’amour et de l’amitié.

Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l’urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. (…)

L’espérance vraie sait qu’elle n’est pas certitude. C’est l’espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L’origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine.

Edgar Morin, sociologue et philosophe